Seule

Je me qualifie comme quelqu’un de solitaire. Je crois que c’est le cas. Je crois que non.

Pensez-vous qu’il existe plusieurs sortes de solitudes ? Celles que l’on choisit et celles que l’on ne choisit pas ? Et si celles qui venaient à nous de manière un peu fourbe, sans trop prévenir étaient celles qui pourraient nous en apprendre bien plus sur nous.

Cet article tombe comme ça, sans prévenir lui non plus.

 

Il y a des personnes qui placent l’impossible dans un voyage lointain, d’autres dans la création d’un projet immense, d’aller sur Mars, quitter leur job. Pour ma part, ce qui me semble impossible, c’est d’arrêter de penser.

Cela ne vous arrive t-il pas de vous entraîner à arrêter de penser, au fond de votre lit, les pieds glacés ?  En essayant de les exterminer au plus profond de vous même pour ne plus qu’elles vous envahissent. Penser à arrêter de penser, au fond de votre lit, les pieds glacés. A quoi bon ?

Arrêter de penser à la peur elle-même d’être seul. Seul dans un lit qui est pourtant le votre. Vous le connaissez bien, sa douceur a quelques endroits, là où la couette se refroidit facilement, les recoins douillets. Et pourtant, l’inconnu est quand même là. L’inconnu face à vous, l’inconnu, vous-même.

Je me raccroche alors parfois à mes livres, ces livres à chapitres pour séparer chaque instant et ses évolutions, chaque rencontre, chute, espoir, dénouement. Dans ma vie, il n’y a pas de chapitres si explicitent, pas de titre, pas de mots en gras, pas de grands suspens. Dans ma vie, c’est à moi d’écrire mon livre et de le remplir de ce que je veux devenir.

Mais qu’est ce que j’ai envie de devenir ? 

J’ai toujours pensé et ressenti que rester seule me déstabilisait totalement et donc me détachait, m’éloignait des autres, de la vie, de ce que je pouvais peut-être vivre de plus.

Cela fait quelques jours que j’ai eu un énorme déclic. 

« Et si celles qui venaient à nous de manière un peu fourbe, sans trop prévenir étaient celles qui pourraient nous en apprendre bien plus sur nous. »

La solitude, la vraie, est venue il y a peu de temps. Un soir d’octobre, dans Bordeaux la nuit. C’est beau Bordeaux la nuit, ça scintille sans pour autant scintiller. Ce soir là, Bordeaux m’a englouti.

Une décadence entre ce que je percevais d’un rêve et de la réalité. Englouti. C’est le mot. Les jambes qui vacillent, qui tremblent, le regard qui ne sait plus où se poser, la respiration saccadée. Une marche sans orientation, la voiture garée à l’opposé. Une sensation de fin du monde. C’est exactement ça, comme si la place s’engouffrait dans la pénombre, que ses arbres se détachaient du sol pour s’exploser à terre, que les trams s’entrechoquaient entre eux. Un vacarme assourdissant dans une soirée pourtant si calme.

La solitude est un paradoxe. Une immense explosion dans un silence de plomb.

Les jours passent et on exécute les gestes, respecte les horaires et les itinéraires, on se regarde vivre, ni présent ni absent, ignorant ce qui nous échappe comme ce qui nous appartient. La pluie sur la vitre de la voiture qui dégouline, le rayon de soleil d’un soir d’octobre qui a du mal à passer à travers les nuages, un couple main dans la main, une odeur de crêpes dans une rue passante. La vie. Et puis il y a ce corps, qui cherche un sens, un commun avec les autres, un signe qui tomberait d’un coup. Une explication.

Le déclic.

Le déclic ce n’est absolument pas un immense boum qui arrive soudainement un matin ensoleillé. Le déclic arrive au bon moment, celui où vous êtes prêt. J’étais prête.

Il se dissimule dans des odeurs de café, dans un regard intense, un sourire qui a du sens, une musique, un frisson d’espoir, un livre qui nous parle. Le déclic s’invite à votre porte comme une évidence. L’évidence qu’il est temps.

Mon déclic n’a pas été de m’ouvrir au monde pour grandir face à cette solitude intérieure et cette peur d’être seule. Mon déclic a été de me battre contre cette peur de me retrouver vraiment seule face à moi même. De changer la disposition de ma chambre, mettre les objets à souvenirs dans une boite et la ranger en haut de mon armoire pour la rouvrir quand je serais prête. Me coucher plus tôt pour peindre, lire, j’ai même ressorti mon piano.

Mon déclic a été de me satisfaire de ma propre personne. De trouver des moyens de m’aimer pour apprendre plus tard à aimer réellement les autres. Je ne veux plus ressentir une onde sismique de peur de me retrouver le soir seule, une onde dissimulée. Je ne veux plus avoir des hypothèses sur tout, de penser en continu « et si, et si ». Le problème avec les hypothèses c’est qu’elles se multiplient à la vitesse d’un train pressé si on se laisse aller.

J’écris parce que je sais qu’on abrite tous un manque, une peur, une perte. Quelque chose au creux de nous qu’on finit par apprivoiser. J’écris parce qu’il est peut-être temps de grandir encore, grandir c’est toute la vie.  C’est étrange, d’ailleurs, cette sensation d’apaisement lorsque enfin émerge ce que l’on refusait de voir mais que l’on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire.

Mais la vie c’est passer les épreuves qui se positionnent avec aplomb devant nous. La vie ce n’est pas survivre mais réellement vivre avec soi pour pouvoir vivre avec les autres.

 

 

 

 

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