Je ne suis pas Scolaire

« Jeanne n’est pas vraiment scolaire »

Oui, voilà. Je ne suis « vraiment pas » scolaire du tout.

Je me rappelle qu’au CP, j’ai commencé à me dire « Mon petit Jeannot, je sais pas ce que tu fais là mais en tout cas tu ne t’y sens pas très bien ».

Je ne serais pas expliciter le ressenti clairement, c’est comme une sensation d’être deux. Un peu comme un être extérieur à chacune des situations que ce soit à l’école ou à la maison. J’avais besoin de comprendre pourquoi j’étais là, assise sur une chaise, entourée d’enfants de mon âge enthousiasmés d’être en compétition les uns avec les autres. C’est pas très chouette d’être en compet, ça fait peur, ça fait mal au ventre, ça bloque la gorge et puis on en dort mal la nuit.

Bienvenue dans ma tête depuis mes 6 ans.

Je n’ai jamais été une mauvaise élève, je n’ai jamais été une bonne élève. Je frôlais les encouragements, passais à côté des félicitations et collectionnais les « Peut mieux faire ». Et si c’était pas possible de mieux faire, et si j’étais sincèrement au maximum de mes capacités à pouvoir travailler dans ce lieu qui me donnait envie de fuir.

J’ai toujours fui les sports collectifs, les travaux groupés, les soirées trop arrosées. La musique trop forte me gène, les odeurs également, j’ai des frissons quand je suis trop prêt de quelqu’un que je ne sens pas sain pour moi, j’ai mal au ventre 1 jour sur 2 et je déteste qu’on me dise qu’il faut que je fasse des efforts.

Et si mon effort à moi c’était votre facilité ? Et si mes peurs à moi, c’était votre quotidien ?

L’école n’écoute pas. L’école sait. L’école croit savoir.

On nous demande d’être ce à quoi ils aspirent. J’étais pourtant persuadée que si j’étais déterminée à devenir un super héro,* je pourrais l’être.

L’école n’aime pas beaucoup les rêveurs. L’école n’aime pas beaucoup les enfants qui posent trop de questions. L’école préfère qu’on la questionne sur un théorème plutôt que sur le sens de la vie.

C’est bête parce que j’avais pas très envie de devenir quelqu’un que l’école voulait que je sois. Je ne voulais pas être juste une chose, un métier, une passion, une idée politique, une valeur, un amour, un ami, un voyage, une chanson. Je voulais être 10000 choses à la fois. 10000 idées en tête et 15000 peurs qui s’y frôlent.

Je voulais être une sorte de multitude de choses additionnées à une liberté d’agir seule. Compliqué quand tu es dans l’obligation d’être dans la moyenne, d’être dans un moule, une atmosphère, une vison des choses, une envie future qui ne sont pas les tiennes non ?
Je crois que c’est parce que l’on ne nous donne pas le choix, que nous choisissons de n’en faire aucun. J’ai choisi d’être à contre courant, de me rebeller pour la moindre petite chose, de sécher les cours, me renfermer sur moi même au lieu de me donner la chance de me battre et de continuer jusqu’au bout.

Comment à 6 ans, à 10 ans, à 15 ans, comment peut-on supporter l’idée que notre aspiration d’enfance n’était qu’un leurre, une idée de conte féerique rangé dans le garage poussiéreux ? Comment voudraient-ils que nous voulions avancer dans leur sens s’ils balaient toutes la sensibilité qui nous habite au fond ?

J’ai souffert 18 ans depuis ma scolarisation que l’on me mette des notes. Je n’ai jamais compris à quoi pouvait bien servir le fait de noter quelqu’un. Des chiffres qui représentent un bilan de ta capacité à réfléchir pour avoir la possibilité d’être quelqu’un de respectable dans cette société.

Au Danemark, par exemple, il n’y a pas de notes. L’enseignant rédige un programme individuel de l’élève avec ses forces, ses faiblesses et ses objectifs, qui permet un suivi très personnalisé. En Suède, l’évaluation des élèves est même carrément interdite par la loi.

Une note ne veut rien dire, des mots si. Nos bulletins se ressemblent tous « Continuez comme ça », « Évitez les bavardages et concentrez vous sur la participation oral » etc. Ne faudrait-il pas plutôt envisager de se rapprocher un peu plus humainement de l’élève, de ce qu’il réussit plus que de ce qu’il ne réussit pas. De ce que ses faiblesses peuvent démontrer ou même être une force pour autre chose ?

Et si justement, c’était les élèves les plus démunis face à l’école si scolaire, les plus à contre courant qui cacheraient en eux une multitude d’autres sensibilités bien plus importantes pour la vie. La vraie.

 

Je ne suis pas scolaire et j’en ai fait une force. Je me suis construite un CV en béton grâce à ma motivation et mon dynamisme dans la relation client. Je suis partie au Cambodge et j’ai été embauchée dans une magnifique entreprise. Ma sensibilité m’a permis et me permet de cibler rapidement le besoin des autres. Je suis rentrée dans un BTS en alternance où j’ai encore envie de hurler parfois face à une infantilisation permanente mais je sais désormais que ce côté à contre courant est ma force.

N’ayez pas peur d’avoir peur. N’avez pas peur de nager dans le sens contraire. N’ayez pas peur de refuser ce qu’un adulte vous demande d’être.

Vous seul savez.

 

 

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4 commentaires

  1. Axelle N.

    Tes mots ont totalement fait écho à mes pensées. Merci pour ce partage qui fait du bien, surtout que c’est un avis très compliqué à faire comprendre et à faire tolérer par nos proches.

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